Grand Prix
Un prophète de Jacques Audiard

Prix exceptionnel du Festival de Cannes
Alain Resnais

Prix d'interprétation masculine
Christoph Waltz (Inglourious basterds)

Prix d'interprétation féminine
Charlotte Gainsbourg (Antichrist)

Prix de la mise en scène
Kinatay de Brillante Mendoza

Prix du scénario
Nuits d'ivresse printanière de Lou Ye

Prix du jury
ex aequo Fish tank d'Andrea Arnold et Thirst de Park Chan-Wook
Caméra d'Or
Samson et Delilah de Warwick Thornton (Australie) photo ci-dessous
Mention spéciale : Ajami de Scandar Copti, Yaron Shani
Prix remis par Isabelle Adjani, Jury présidé par Roschdy Zem
Prix du court métrage
Arena de Joao Salavisa
Mention spéciale : The Six dollar fifty man
Finalement, le fait qu’Isabelle Huppert préside le jury cannois n’aura pas été un handicap pour Michael Haneke… Certains –y compris à AlloCiné- pensaient que l’interprète de La Pianiste n’oserait pas décerner la récompense suprême au cinéaste de peur d’être accusée de copinage. On aurait dû se souvenir que la peur n’est pas vraiment ce qui caractérise le parcours d’Isabelle Huppert…
Et puis le jury avait une sacrément bonne raison de couronner Le Ruban blanc : il s’agit d’un film absolument passionnant, aussi bien sur la forme que sur le fond. Rien de scandaleux donc à ce que la Palme d'or le récompense aujourd'hui. Le réalisateur autrichien est un habitué de la Croisette : son premier long métrage, Le Septième continent, était présenté à la Quinzaine des Réalisateurs il y a tout juste 20 ans, il intègre la compèt' en 1997 avec Funny games, remporte le Grand prix pour La Pianiste en 2001 (ses acteurs Huppert et Magimel sont aussi salués), le Prix de la Mise en scène pour Caché en 2005 –on raconte que déjà à l’époque, une partie du jury souhaitait lui décerner la Palme d’or…

Mais si d’autres habitués de la sélection ont donné l’impression de refaire toujours un peu le même film, Haneke s’est profondément renouvelé avec Le Ruban blanc, sans mettre de côté ses thèmes fétiches (l’autorité, la violence, le conformisme…). Cette œuvre fascinante et énigmatique, tenant à la fois du film historique, de la fable et du thriller, est une plongée dans un petit village protestant du nord de l’Allemagne à la veille de la Première Guerre mondiale. Un village où règne la malveillance, et où les enfants sont éduqués selon des règles aussi strictes que cruelles. C’est ce qu’on découvre lorsque survient une étrange série d’actes de malveillance inexpliqués. Ces méfaits auraient-il été commis par les enfants (des enfants qui appartiennent à la génération qui, 20 ans plus tard, portera Hitler au pouvoir) ? N'en disons pas plus (le film sortira le 21 octobre). Notons simplement qu'un an après Entre les murs, la Palme d'or revient encore une oeuvre intelligente sur l'éducation.
Michael Haneke a souvent tourné dans l'hexagone, mais il est couronné pour un film qui marque son retour en terre (et en langue) germanique -au passage, c'est la première fois qu'un réalisateur autrichien décroche la Palme d'or. Le reste du palmarès est en revanche très français. Le Grand Prix est décerné au chouchou des festivaliers, Un prophète, cinquième film de Jacques Audiard, brillant polar qui retrace l'ascension d'un caïd en prison. Un "Prix exceptionnel du Festival de Cannes" distingue la carrière d'Alain Resnais, qui était en compétition avec les bien nommées Herbes folles (l'intitulé du prix n'est pas franchement à la hauteur de l'originalité de son destinataire...). Et ce n'est pas fini puisque notre Charlotte Gainsbourg nationale a été sacrée Meilleure actrice pour sa performance stupéfiante, sans peur et sans reproche, dans le controversé Antichrist du Danois Lars Von Trier -tourné, non pas en Autriche, mais en Allemagne !
Pour l'acteur, c'est du côté d'Inglourious basterds de Tarantino qu'il faut se tourner. Le gagnant n'est toutefois pas une de ces stars dont tout le monde parlait avant le film (Brad Pitt, Diane Kruger... ou Maggie Cheung, qui ne figure même plus dans la version présentée ici !), mais l'incontestable révélation Christoph Waltz, acteur autrichien (décidément...), irrésistible en (im)pitoyable colonel nazi. Le jury a aussi récompensé la mise en scène implacable du Philippin Kinatay qui comptait beaucoup de détracteurs à Cannes, et le scénario du courageux Nuits d'ivresse printanière, étude d'une brûlante passion homosexuelle en Chine. Un double prix du jury à Fish tank de l'Anglaise Andrea Arnold (qui avait déjà reçu ce prix pour son précédent film...) à Thirst du Coréen Park Chan-wook vient compléter un palmarès classieux qui reflète à merveille la cinéphilie, l'exigence et l'audace de la Présidente du jury.
Julien Dokhan et Eric Kervern










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