Un an après la découverte ici-même de Persepolis (Prix du Jury, gros succès critique et public), auquel il ne manquera pas d’être comparé, Valse avec Bachir de l’Israélien Ari Folman, présenté aujourd’hui en compétition, vient nous rappeler que le cinéma d’animation ne saurait se limiter au secteur des aimables divertissements familiaux type Kung-fu Panda –projeté aujourd’hui hors compétition. Le film revient, de façon aussi originale que pertinente, sur le massacre de centaines de Palestiniens dans les camps de Sabra et Chatila au Liban, perpetré en 1982 par les Phalangistes (la milice chrétienne), au moment où le pays était occupé par l’armée israélienne. Le point de départ est le suivant : le réalisateur, ancien soldat qui avait effacé cette époque de sa mémoire, éprouve le besoin soudain de s’y replonger.

La forme du film est inédite, donc stimulante : Folman est d’abord allé interroger et filmer des témoins de l’époque, ses anciens compagnons d’armes, puis a tiré de ce documentaire un storyboard, devenu un dessin animé… Le cinéaste justifie cette démarche : "(…) tourner en "images réelles" ne me convenait pas. Qu’est-ce que cela aurait donné ? Un quarantenaire interviewé sur fond noir, racontant des histoires vieilles de 25 ans, sans aucune images d’archives pour illustrer son propos. Quel ennui ! Alors l’animation m’est apparue comme la seule solution, avec sa part d’imaginaire."


Pari réussi. Si la fiction peut rendre compte de l’état d’esprit dans lequel se trouve un soldat (sur un sujet voisin, on pense au remarquable et récent Beaufort), l’animation se révèle un détour judicieux, à la fois en instaurant une distance et en plaçant le spectateur au plus près des sensations. Pas loin d’une cure psychanalytique, Valse avec Bachir (on vous laisse découvrir l'explication du titre, une des plus belles séquences du film) se présente ainsi comme un voyage dans la mémoire d’un Ari dans tous ses états : fantasmes, cauchemars, hallucinations, souvenirs flous ou refoulés... La guerre, nous dit le film, ça ne laisse pas seulement des trous dans la chair, mais dans la tête aussi. De même que la force de Persepolis résidait (entre autres) dans son côté "autoportrait d’une jeune fille insolente", Valse avec Bachir passionne et émeut par sa dimension éminemment personnelle (Ari se souvient des combats, mais aussi du jour où sa copine l’a largué, des morceaux d’OMD ou PIL qu’il écoutait…). On est évidemment très curieux de savoir ce que pensera de tout cela Marjane Satrapi, qui siège cette année au jury…

JD



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